RNJS #4

Faut-il changer notre fusil d'épaule pour continuer la lutte contre le changement climatique ? Au menu également cette semaine : peste porcine, soja, mercosur, gros sous, chers steaks, gyphosate, des fausses infos en veux tu en voilà… Entre autres.

Rien n'est jamais simple
5 min ⋅ 06/02/2026

Rien n’est jamais simple, c’est une idée. Journaliste, j’ai commencé ma carrière en traitant des infos complexes pour les rendre intelligibles. Aujourd’hui, c’est le contraire qu’il faut faire. Mettre de la complexité dans un flux d’informations devenues binaires. N’hésitez pas à partager ou à poser des questions !

La question (bête) de la semaine.

Ce fut une révolution pour les cuisines et l’engin a fort évolué depuis. Mais savez-vous qui a inventé le presse-purée. Et quand ? (Réponse en fin de newsletter rubrique “la question elle est vite répondue).


Un peu de tout n’importe où

Pratique. On croise les doigts pour que les Catalans parviennent à contenir ce qu’ils ont fait jusqu’ici, la peste porcine africaine dans la zone où elle est apparue en fin d’année dernière. Au total, début février, 103 sangliers avaient été découverts porteurs du virus sur plus de 980 contrôlés, soit une prévalence de 10 %. Tous dans la zone de protection des six kilomètres mise en place à la découverte du premier cas. Et les premières restrictions de circulation, dans la zone tampon située entre 6 et 20 km viennent d’être assouplies. Quant aux vautours, ils sont nombreux en Espagne, plus de 30 000 couples, ils pourraient être des auxiliaires de choix pour limiter l’expansion de la maladie. Retour en arrière ? Les majors du soja représentés par l'Association brésilienne des industries d'huiles végétales (45 % des exportations de soja du pays) ont annoncé leur volonté de sortir du moratoire en vigueur depuis 2008. Moratoire qui encadrait la déforestation contre des allègements

fiscaux accordés aux entreprises… C’est d’ailleurs la possibilité laissée à l’État du Mato Grosso de suspendre ces allègements qui est à l’origine de la décision des exportateurs. Si le moratoire n’a pas freiné l’extension des surfaces consacrées au soja dans le pays, elles ont progressé de 300 % en 13 ans, il a toutefois permis de réduire la déforestation de 69 %. Fight club. Ça défouraille sévère autour du Mercosur et pas seulement au cul des tracteurs. Dans un long texte argumenté, Jean-François Colin, conseiller maître à la Cour des comptes s’en prend à la défense du Mercosur élaborée par Jean-Luc Demarty, ancien Directeur Général du Commerce Extérieur et de l’Agriculture de l’Union européenne. Et si on abandonnait l’élevage ? C’est un rêve couru par tous les mouvements animalistes et des chercheurs ont sorti leur calculette pour voir combien l’affaire coûterait. Selon leurs calculs, si l’on réduit la consommation d’aliments d’origine animale dans l’Union européenne et au Royaume-Uni de 9,5 % on perd 61 milliards d’euros d’actifs immobilisés (20 % du total), en réduisant de 60 %, 168 milliards d’euros et 255 milliards à 100 %. Soit 73 % des actifs agricoles immobilisés.


Vite partagé

C’est la guerre. Reportage au cœur du Michoacán, une des principales régions productrices d’avocat sous la pression des cartels. Ici (voire aussi plus bas mon fil de la semaine pour Sesame sur l’implication des mafias dans le monde agricole).

Montrés du doigt. Une cartographie interactive de la galaxie des climato-dénialistes (à prendre avec des pincettes, quand même, mais je vous fais confiance). Ici.

Le steak ? Un vieux débat comme le raconte le chercheur Bruno Laurioux, et notamment sous la plume d’Arnaud de Villeneuve, dès le XIVe siècle. Ici.

Glyphosate. Il ne fait pas débat que chez nous et l’année 2026 lui sera cruciale aux États-Unis. Ici.


Idées

La température mondiale ne nous dit rien sur la qualité de vie des gens. Si la sécheresse détruit vos récoltes, pouvez-vous encore vous permettre d'acheter de la nourriture ? Lorsqu'il y a une vague de chaleur extrême, pouvez-vous vous rendre dans un endroit climatisé ? Lorsqu'une inondation provoque une épidémie, le centre de santé local peut-il traiter toutes les personnes malades ? La qualité de vie peut sembler être un concept vague, mais ce n'est pas le cas. L'indice de développement humain des Nations unies est un outil utile pour la mesurer. Il donne un aperçu de la situation des habitants d'un pays, sur une échelle de 0 à 1, les chiffres les plus élevés correspondants aux meilleurs résultats. Si vous consultez la liste des scores IDH des pays du monde, les disparités sautent aux yeux. La Suisse affiche l'IDH le plus élevé, avec 0,96. Le Soudan du Sud, le plus bas, affiche un score de 0,33. Les 30 pays ayant les scores IDH les plus bas abritent un huitième de la population mondiale, mais ne produisent qu'environ un tiers de 1 % du PIB mondial.

Dans une lettre argumentée publiée fin 2025, qui fit grand bruit, Bill Gates invite l’humanité à changer de posture dans sa lutte contre le changement climatique. Il estime ainsi que des nombreux progrès ont été faits, que les technologies développées dans ce cadre sont matures et vont s’imposer mais qu’il est temps de mettre le bien-être des humains au centre des préoccupations. Pour les protéger des catastrophes inéluctables malgré nos efforts. Notamment dans les pays les plus pauvres. C’est un regard qui détonne et invite à la réflexion… Anthropocène Magazine en livre une lecture intéressante. Qu’en pensez-vous ?

Entre les oreilles

Les politiques sont-ils plus cléments avec les agriculteurs qu’avec le reste des Français ? Interrogation mise sur la table de La question du soir sur France Culture. Les invités, Sylvain Brunel et Édouard Lynch rappellent que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, dans le monde agricole, et que le poids économique du secteur reste important malgré la baisse du nombre d’agriculteurs. Ici. (33 minutes).


Le pigeon sur l’échiquier

Ces derniers jours et semaines sont pénibles pour qui a encore un peu foi en la réalité. Prenons deux sujets au hasard de l’actualité, le cancer, c’était la journée internationale du cancer cette semaine et le cadmium.

Dans le premier cas, se sont succédés sur les plateaux tout un tas de prétendus sachant pour expliquer que les cancers sont liés aux pesticides, victimes expiatoires faciles. Or, à bien y regarder, la situation est un peu plus complexe. La première, c’est qui est difficile de prouver la responsabilité des pesticides (ceux qu’on ingérerait par notre alimentation) dans le déclenchement des tumeurs. La seconde, c’est que pendant que les idiots montrent les pesticides du doigt, les autres ne regardent que cela. Or, l’Organisation mondiale de la santé l’a rappelé cette semaine, 37 % des cancers pourraient être évités et que les causes majeures sont et restent, la consommation de tabac (30 % des cancers), d’alcool (8 %), le surpoids l’obésité et la sédentarité (20 %), les expositions professionnelles (amiante, pesticides, etc) pour 5 à 10 % des cas. Retenez aussi que le nombre de cancer « n’explose» pas comme on l’entend depuis le début de la semaine. Certains progressent, d’autres régressent, c’était le sujet du Pigeon sur l’échiquier de RNJS #1.

Pour le cadmium, qui revient dans la course aux fausses informations cette semaine au motif de l’adoption en commission, médiatique, d’un projet de loi visant à interdire l’utilisation de phosphates en contenant. Tout est parti d’une étude montrant que l‘imprégnation de la population française a progressé de 40 % entre 2004 et 2016. On a montré du doigt les engrais phosphatés (ah tiens, encore l’agriculture, comme c’est étrange) mais les chercheurs sont tombés de leur chaise. Pourquoi ? Parce que d’une part, les teneurs en cadmium des dits engrais sont encadrés à des niveaux très bas, d’autre part que si les sols ont en effet, par le passé, été largement porteurs de cadmium, ils sont largement revenus aujourd’hui sous les seuils réglementaires et n’évolue pas. Mais pendant qu’on parle des phosphates, on ne parle pas du reste, c’est-à-dire des probables sources de contamination de la population française avec en première position, la cigarette peut-être suivie par le chocolat ou le café plutôt que, comme souvent cité, les céréales. Ajoutez par-derrière une possible manipulation économique pour écarter un acteur majeur du marché mondial des engrais et vous avez de quoi penser à autre chose. Tout est expliqué en détail là

Avant de filer, puisque le délire autour de la Loi Duplomb recommence sachez que le fameux néonicotinoïdes en question, l’acétamipride, n’est pas dangereux pour la santé humaine, contrairement à ce qui est dit partout, selon les études menées par l’ANSES.

Sous ma plume cette semaine

(et dans les champs de cette newsletter)

Les mafias opèrent depuis longtemps dans l’agriculture, en Italie et ailleurs, jusqu’aux cartels mexicains. Elles doivent d’ailleurs peut-être leur création à une histoire de citrons. Ici

Reportage sur le rôle essentiel que peut jouer l’élevage dans la lutte contre les incendies en zone méditerranéenne. Ici.

Vous saviez que la cerise devait son nom à une ville turque ? Ici.

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La question elle est vite répondue.

On doit l’invention du presse purée à Jean Mantelet, qui la fit breveter voici 94 ans. Et c’est à partir de cet outil, destiné à envahir toutes les cuisines, que démarre la saga Moulinex (et merci à François Camé pour inspiration).


Le morceau de la semaine

Ce disque né d’une collaboration entre Laurent Garnier et Abd Al Malik est un des grands chocs de l’année 2015 pour moi. Parce qu’il mixe deux univers, celui de l’électro et celui du rap pour nous convier dans un hybride décoiffant. Où la précision des textes répond à pertinence de la musique. Et il n’y a rien à jeter.

À la semaine prochaine. (Pour me contacter yannkerveno@gmail.com)

Rien n'est jamais simple

Par Yann Kerveno

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