RNJS #3

Bon cette semaine, ça part dans tous les sens, mais c'est aussi un peu le but. Des pistes ? Des circuits courts, des vaccins, du combustible, du boycott, des microplastiques etd es grandes surfaces. Plus d'autres choses.

Rien n'est jamais simple
4 min ⋅ 30/01/2026

Rien n’est jamais simple, c’est une idée. Journaliste, j’ai commencé ma carrière en traitant des infos complexes pour les rendre intelligibles. Aujourd’hui, c’est le contraire qu’il faut faire. Mettre de la complexité dans un flux d’informations devenues binaires. N’hésitez pas à partager ou à poser des questions !

La question de la semaine.

Sauriez-vous deviner dans quelle est la viande la plus consommée dans chacun des pays européens ? (réponse en fin de newsletter).

Un peu de tout, n’importe où

Circuit court. Les marchés de producteurs ont du charme et le revers de leur médaille. Et s’ils sont souvent vitaux pour les petites exploitations agricoles mais il est illusoire de compter sur eux pour nourrir la planète. Perspective toute en nuances et intéressante d’Heidi Roth. Moins de feux et c’est grave. C’est la conclusion, contre-intuitive en diable, d’une étude menée aux États-Unis. Le truc, c’est que l’abondance de « petits feux » réguliers limite l’accumulation de combustible au fil des années, limitant, de fait, l’étendue des dégâts lorsqu’un incendie survient. De quoi plaider pour une gestion plus drastique des sous-bois. Bonne idée ou juste coup de com ? En Éthiopie, le programme Initiative pour l‘héritage vert semble arriver à son terme, 48 millions d’arbres auraient été plantés depuis 2019 mais l’affaire ne serait pas aussi durable qu’annoncée. Bien pour un mal ou mal pour un bien ? On ne sait pas par ailleurs si c’est lié au souci du bilan carbone (spoil, non) mais la Colombie a de nouveau autorisé l’usage du glyphosate par les forces de l’ordre pour procéder à la destruction des champs de coca. Cet usage avait été suspendu en 2015 après le classement de la molécule en cancérigène probable par le CIRC. Les nouveaux épandages ne seront pas réalisés par avion, comme précédemment, mais avec des drones, dans les zones où les cartels contraignent les paysans à cultiver cette plante. Gamelle. En Israël les exportateurs de fruits (mangues et citrons) signalent une forte réduction de leurs exportations vers l’Europe (Belgique, Irlande, Allemagee…). En cause, l’appel au boycott des produits israéliens. Brrrr. Enfin, nous aurons peut-être bientôt des frigos qui ne sont pas nocifs pour l’environnement. Des chercheurs de l’Université de Hong-Kong sont parvenus à atteindre – 12 °C sans gaz réfrigérants !


Vite partagé

Éoliennes marines. Impact bénéfique mais limité spatialement, pour la faune sous les éoliennes implantées en mer. Ici.

Grisant. Le génépi raconte l’histoire du changement climatique et des pratiques. Ici.

Emmerdant. Découverte d’amaranthus tuberculatus résistante au glufosinate dans l’Illinois (et peut-être dans six autres États). Ici.

Vieilleries. Près de 10 000 vignobles implantés dans 42 pays figurent dans le catalogue de l’Old Wine Registry. Ici.


Idées

Les particules microplastiques et nanoplastiques sont minuscules et à la limite des techniques d'analyse actuelles, en particulier dans les tissus humains. Il n'y a aucune suggestion de malversation, mais les chercheurs ont fait part au Guardian de leur inquiétude quant au fait que la course à la publication des résultats, dans certains cas par des groupes ayant une expertise analytique limitée, a conduit à des résultats précipités et à des contrôles scientifiques de routine parfois négligés.

Dans le grand marché de la peur qui occupe les médias jour après jour, celui des microplastiques qui se baladent dans notre corps tient une place non loin du podium. Et comme souvent, après l’emballement vient le temps du recul. C’est ce qu’a fait avec précision un confrère du Guardian, tout en reconnaissant avoir participé activement à la diffusion de ces informations, en se penchant sérieusement sur la question. Pour conclure que, finalement, c’est peut-être plus compliqué que présenté en première instance. Damian Carrington a ainsi relevé plusieurs études et interrogé plusieurs scientifiques qui estiment que la partie est un peu surjouée. Parce que, en premier lieu, les microplastiques sont extrêmement petits et en « limite de détection », que l’évaluation des risques qu’il pose n’est pas simple (voire faible dans les études en question) et que la course à la publication peut avoir un peu incité à forcer le trait. Et qu’il faut absolument poursuivre les recherches afin d’aboutir à des résultats solides pour évaluer le risque et pouvoir fermer le bec aux fabricants de plastiques qui défendent leur bout de gras.


Entre les oreilles

Si vous saisissez mal le fonctionnement de la grande distribution, vous pouvez écouter l’audition de mon confrère Olivier Dauvers face aux sénateurs. En 25 minutes, vous comprendrez où les distributeurs gagnent de l’argent (et vous serez probablement surpris). Ici.


Le pigeon sur l’échiquier

Dans la folie en cours du monde, la politique vaccinale américaine ressemble à un cauchemar par anticipation. Il y a quelques jours, au début de l’année, l’administration américaine a foncièrement allégé la liste des obligations vaccinales. Sont ainsi retirés de la liste des recommandations (et ne concerneront que les populations à risques) les vaccins contre la grippe, le rotavirus (pour les gastros), les hépatites A et B, certains méningocoques, le VRS (qui provoque les bronchiolites). Le vaccin conte le Covid 19 avait déjà été ôté de la liste l’an passé pour les femmes et les enfants. Et l’on parle maintenant du vaccin protégeant de la Polio. Alors alors que la rougeole, dont on peut se protéger par un vaccin, effectue un retour tonitruant dans les cabinets médicaux. 2 255 cas en 2025 (qui ont conduit à 243 hospitalisations et 3 décès) et 406 déjà enregistrés au cours de 23 premiers jours de l’année 2026 selon les chiffres officiels. Au grand dam de la communauté médicale qui ne sait plus s’il faut se taper la tête contre les murs ou s’arracher les cheveux… La rougeole avait été déclarée éradiquée dans le pays en 2000. Quant à la couverture vaccinale, elle reste globalement faible dans la population américaine et plus encore plus on descend dans les couches sociales. Pour le tétanos par exemple, les taux vont de 17,8 % à 35,6 %, seulement, selon l’origine sociale (chiffres 2022). Pour justifier ces retraits, l’administration indique s’inspirer de politiques de santé plus moderne comme celle du Danemark. Argument balayé en deux revers par Daniel Wallace-Welles dans une tribune étayée. Il explique que les deux pays n’ont rien à voir, que le dépistage et la facilité d’accès aux soins permettent en effet aux danois d’avoir une politique plus souple en la matière. Ce qui est loin d’être le cas aux États-Unis où « les vaccins servent depuis des décennies de filet de sécurité sanitaire de substitution aux États-Unis. Ils permettent de limiter les conséquences négatives de toutes les lacunes notoires de notre pays : l'absence de couverture médicale universelle ou gratuite, le système d'assurance maladie imparfait, l'absence de surveillance et de dépistage efficaces des maladies, la perte de confiance dans les institutions et les praticiens médicaux, les écarts économiques considérables et les disparités tout aussi effrayantes en matière de morbidité et de mortalité. »


Sous ma plume ces derniers jours

La vie quotidienne des éleveurs, et des éleveuses. Je lève le voile avec Alicia Sangerma à Py (66).

Quand les amateurs innovent. Une histoire de courge et d’avocat.

Poursuite de mon exploration de l’histoire des fruits et légumes. Gros Michel vs Cavendish


La question elle est vite répondue.

C’est la viande de porc, majoritairement. La carte est là !


Le morceau de la semaine.

Assurance vie / DOP. Hypnotisant en diable.

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Rien n'est jamais simple

Par Yann Kerveno