Ente Cancer backlash et dermatose nodulaire, l'actualité est bien sanitaire cette semaine, mais pas seulement. Le Brésil passe devant les États-Unis.
Rien n’est jamais simple, c’est une idée. Journaliste, j’ai commencé ma carrière en traitant des infos complexes pour les rendre intelligibles. Aujourd’hui, c’est le contraire qu’il faut faire. Mettre de la complexité dans un flux d’informations devenues binaires. C’est ce que je vais tenter de faire ici chaque vendredi. Bienvenue, bonne lecture, n’hésitez pas à partager ou à poser des questions !
• Du lourd. Le Brésil vient officiellement, en 2025, de ravir aux États-Unis la place de premier producteur de viande bovine au monde avec plus de 12,3 millions de tonnes équivalent carcasse quand celle des États-Unis recule de 3,9 % à 11,8 millions de tonnes.
• Une nouvelle révolution verte ? Pourra-t-on bientôt se passer d’azote de synthèse pour faire pousser céréales et légumes ? C’est la promesse entrevue grâce à la recherche qui semble avoir compris comment faire travailler ensemble les plantes et les bactéries du sol…
• Le loup a les qualités de ses défauts. Une étude récente menée dans le Wisconsin montre qu’il n’est pas forcément l’outil idéal pour protéger les forêts et leurs végétaux du « surbroutage » des ongulés sauvages.
• La forêt prend de la hauteur. Si la forêt gagne du terrain en plaine à cause de la déprise agricole, elle bouge aussi en montagne. Elle progresse en altitude changement climatique et augmentation des températures obligent. Des chercheurs chinois ont calculé que la lisière des forêts avait ainsi gagné en altitude d’un demi mètre par an moyenne entre 1901 et 2021.
On pensait que la Catalogne était sortie d’affaire, que la dermatose nodulaire (DNC) était une histoire sous contrôle. Mais voilà, patatras, un nouveau cas a été découvert et annoncé, tout près de la frontière à Capmany. Quatre vaches que l’éleveur n’avait pas vaccinées, contrairement à la règle en vigueur… De quoi susciter un peu d’inquiétude puisque si des animaux développent la maladie en janvier, cela veut dire que le virus continue de circuler alentour… Et pourrait provoquer de nouveaux foyers au printemps avec la reprise d’activité des stomox (les insectes qui sont les principaux vecteurs de la maladie) sur les animaux non vaccinés (les veaux en particulier). Si vous avez manqué les épisodes précédents, vous pouvez rattraper le temps perdu avec cette émission de la Science CQFD diffusée juste avant les fêtes. Du côté de la peste porcine africaine qui sévit aussi en Catalogne, le compteur atteint cette semaine 60 animaux morts porteurs du virus, tous issus de la zone où est apparu le foyer qui reste, pour l’heure, contenu.
L’abattage sanitaire, en particulier s’il est contesté par une narration qui dévitalise les arguments utilitaires de l’État, apparaît comme une destruction sans finalité alimentaire imposée par une autorité extérieure, transforme l’éleveur en agent passif et involontaire de la mort et tout cela pour éviter un risque qui lui apparaît comme abstrait. En d’autres termes, la brutalité des abattages rompt le récit qui fait des éleveurs des accompagnants vers une mort qui a un sens.
En prenant un peu de recul avec l’hystérie qui entoure le dossier DNC, le sociologue Gérald Bronner propose une lecture intéressante des causes de l’opposition à l’abattage des troupeaux concernés par la DNC. Il revient notamment sur « l’argument d’affection » utilisé par les éleveurs pour contester la mesure d’abattage des troupeaux contaminés. Argument parfois raillé parce que de toute façon, ces animaux sont voués à l’abattoir à plus ou moins brève échéance.
Backlash et Cie ? Malraux nous annonçait un XXIe siècle religieux, il sera plus probablement (voir “aussi” chez nous celui de la polarisation. En témoigne encore cette passe d’arme autour de la question du cancer et de ses causes. Dans L’Express, l’épidémiologiste Catherine Hill explique, en substance, qu’il faut raison garder, et se parer de la panique, sur l’explosion du nombre de cancers relatée à longueur de colonnes dans les médias.
Parce que les chiffres, explique-t-elle, sont manipulés sans précaution ni précision par les médias. Alors que selon ses calculs, qu’elle expose dans un papier récent publié par Le Bulletin du Cancer, l’incidence des cancers est aujourd’hui stable chez les hommes et qu’elle augmente chez les femmes à cause du développement du tabagisme. Tabagisme, qu’elle associe à la consommation d’alcool pour les pointer du doigt comme les deux principaux facteurs de risque.
De quoi susciter une vingtaine de jours plus tard, sans qu’il en soit directement fait mention, une tribune dans Le Monde sous la plume du cancerologue Marc Billaud et de l’hématologue Pierre Sujobert qui s’expriment tous deux très régulièrement dans les médias pour dénoncer les pesticides. Ils s’emportent contre ce qu’ils appellent le « cancer backlash » qui vise à réduire les causes du cancer aux seuls comportements individuels, tabac et alcoolisme et « l’occultation des déterminismes environnementaux, industriels et sociaux du cancer ». Le juge de paix de cette querelle vient peut-être de voir le jour avec le lancement annoncé du longtemps attendu Registre national du cancer. En agrégeant différentes sources épidémiologiques aujourd’hui éparpillée, ce registre doit amener des éléments de connaissance tangible destinés à remplacer les estimations actuelles. Dans quelques années toutefois.
In memoriam
On a appris début janvier la disparition de Michel Griffon, chercheur au CIRAD. J’ai eu a chance de le rencontrer il y a plus de 20 ans, de mener plusieurs interviews avec lui et de porter modestement sa parole, ses connaissances, ses réflexions, jusque dans une presse agricole alors essentiellement vouées aux questions techniques et syndicales.
II a été de ces rencontres qui vous font changer de division, ouvrant à mes connaissances d’alors de la chose agricole de nouveaux champ de découvertes. En particulier qu’il était possible de combiner agriculture, écologie et intensivité des production. C’était le concept d’agroécologie intensive qui reste, à mes yeux aujourd’hui, la seule voie pertinente. Vous pouvez l’écouter ici.
Les agrumes se développent dans les Pyrénées-Orientales. Ici.
La viticulture en perdition dans les Pyrénées-Orientales. Ici.
La grenade porte bien son nom (ma chronique Dessous de table). Ici.
Pourquoi le vautour reste une source d’inquiétude pour les éleveurs. Ici.
Si la crise agricole n’était pas (si) nouvelle ? Ici.
Comprendre (un peu) le mécanisme de fixation du prix des fruits et légumes. Ici.
Beast of Kommodo [Jan Garbarek Quartet - 1971]
Une remarque, une question ? C’est par là yannkerveno () gmail.com
À la semaine prochaine ?
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